Attention, il va ici être question d’un classique, d’un livre qui a marqué la façon d’expliquer l’Histoire, de la rendre accessible. Le genre d’ouvrage dont tout étudiant en Histoire entendra parler durant ses études même si le sujet central de l’ouvrage n’est pas évoqué dans ses cours. En effet, cet ouvrage s’inscrit dans la série sur les « Journées qui ont fait la France » initiée par Gallimard. Les précédents opus de cette série avaient eu un certain succès mais avait tous été signés par des littéraires (citons notamment Giono pour la bataille de Pavie) et non des historiens. Cet ouvrage fut non seulement un succès public mais il fut reconnu par les historiens comme un très bon ouvrage pour rendre accessible l’Histoire. Encore aujourd’hui, c’est l’un des livres les plus connus de Georges Duby, ce qui n’est pas rien vu la bibliographie du personnage ! Bref, il ne peut pas être, ici, question d’interroger la qualité de l’ouvrage. La question est plutôt de savoir s’il est encore intéressant de lire cet ouvrage et pourquoi.

Commençons par le contenu en lui-même. Malgré le sujet, Duby n’a pas voulu faire de l’Histoire purement événementielle. En fait, seules 70 pages sont consacrées à l’événement en lui-même. Duby s’attache plutôt à se servir de cette bataille pour faire un commentaire sur la guerre et la paix au Moyen Age central et sur la mémoire de ce fait historique à travers les époques. En lui-même, le propos n’est plus forcément à jour. En effet, la recherche sur ces questions a continué à progresser depuis et l’ouvrage ne peut plus être à jour. Si l’on souhaite se documenter de manière pointue, sur l’Histoire militaire par exemple, on n’y trouvera pas son compte.

Mais cet ouvrage n’est pas resté dans les mémoires pour son apport à la recherche mais bien pour ses qualités de médiation, pour avoir été un des premiers à rendre le travail d’historien accessible au grand public. Et cela est toujours d’actualité. En effet, par le plan même de l’ouvrage le lecteur peut suivre différentes réflexions de l’historien. Il commence par le voir tenter de reconstituer un événement, puis s’interroger sur ce que cela indique sur une question plus large, ici la guerre et la paix durant la période, pour enfin s’intéresser à la réception de cet événement à travers les siècles !

Est-ce à dire que cet ouvrage n’a d’intérêt que comme ouvrage de vulgarisation, pour faire découvrir la réflexion historique ? Certes non ! Tout d’abord, il n’est pas devenu suffisamment dépassé pour que ça lecture ne soit pas profitable. Simplement, si l’on veut réellement connaître les sujets traités il faudra croiser les informations avec des travaux plus récents. Ensuite, cette lecture est intéressante pour qui s’intéresse à l’historiographie. Nous l’avons dit, c’est un classique et il a le mérite de bien résumer quelles étaient les idées de l’époque. Enfin, l’ouvrage est agréable à lire. Si ce livre a été un succès c’est bien parce qu’un public de non-historien a pris plaisir à le parcourir. La question du plaisir de lecture reste propre à chacun et à ses goûts mais on peut au moins dire que Georges Duby faisait partie des historiens qui savait porter son lecteur, à vous de voir si vous y êtes réceptif.

Bref, n’hésitez pas à lire cet ouvrage, tout en gardant en tête les quelques réserves émises, y compris si vous n’êtes pas familier avec le travail de l’historien, cela vous en donnera un bon aperçu !

Le Dimanche de Bouvines, Georges Duby

DUBY, Georges, Le dimanche de Bouvines, Paris, Gallimard, « Folio Histoire », 1973, rééd. 2012, 376p., 10.50€.

Par Sylvain Helft titulaire d’un master en Histoire médiévale sur la diplomatie du consulat de Montpellier et préparant actuellement le CAPES

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