Établissement de la science historique des animaux.

Liliane Bodson dans l’article « L’histoire des animaux[1] » distingue deux définitions de l’histoire des animaux. L’une naturaliste, qui correspond à ce que l’on nomme populairement l’évolution, l’autre plus anthropocentrée.

« Entendue au sens naturaliste, elle constitue l’étude des événements et circonstances biologiques de leur passé. Dans une deuxième acceptation, elle s’attache aux événements et circonstance anthropologiques de ce passé, c’est-à-dire aux interactions de tous ordres (matérielles, affectives, symboliques, etc.) entre l’homme et l’animal. Certaines espèces y ont été, plus que d’autres, soumises à partir du moment où l’homme a fait irruption dans le milieu naturel. Mais toutes, sauvages et domestiques, ont fini par subir les effets directs ou indirects de sa présence. »

La deuxième acceptation pourrait subir plusieurs modifications. D’abord la distinction de l’homme d’une part et de l’animal est aujourd’hui bien critiquée en anthropologie[2], bien que l’histoire des animaux établie jusqu’à présent soit largement encore ethnocentrée sur l’Europe, il y a quelques exceptions qui tentent de remonter à des époques non seulement antérieures à l’humain (écologie de l’évolution), mais qui montrent aussi au passage que l’humain ne fait pas vraiment « irruption » dans un « milieu naturel ». Certaines de ces histoires toutefois, avec leurs limites, prennent le pari de montrer non seulement comment nous avons traité, considéré, ces animaux[3], mais ce que nous leur devons[4].

1.1 De quels animaux parle-t-on ?

L’humain cet animal. Établir une histoire des animaux, pose la question de quel animaux parle-t-on ? La culture occidentale, à quelques exceptions près, a souvent, dans son histoire et aujourd’hui encore distingué l’humain de l’animal. Cet anthropocentrisme qui tend à faire de l’humain une exception ne tient pas scientifiquement la route. L’humain est un animal, mais comme l’édito le précise, nous maintiendrons la distinction pour des raisons pratiques.

Animal non-humain une catégorie extrêmement large. Mais l’animal, même non-humain est un terme extrêmement large.

Le mot d’animal et ce qu’il désigne pour nous n’existe pas dans toutes les cultures. Comme l’indique l’anthropologue Philippe Descola dans l’article « À chacun ses animaux[5] », le mot d’animal et ce qu’il désigne pour nous n’existe pas dans toutes les cultures :

« les études sur les classifications populaires menées par les spécialistes d’ethnozoologie montrent que la plupart des cultures non européennes ne possèdent pas d’équivalent du mot « animal » (ou « plante ») comme taxon englobant un vaste ensemble de formes de vie ; sans doute les similitudes entre certaines espèces animales sont-elles partout perçues, mais la nécessité ne s’est pas partout fait sentir d’un terme qui synthétiserait certaines de ces ressemblances à l’échelle d’un règne qui va de la bactérie à la baleine. »

Qui sont les animaux ?

« C’est la classe d’organismes au sein de laquelle je pourrais trouver le support le plus immédiat d’une identification à un autrui non humain pour peu que certains traits de son apparence et de son comportement me le permettent. »

Reste que l’esprit populaire sépare communément les animaux des plantes ou des micro-organismes. C’est que animal désignait en grec ancien ce qui est animé, or la plante a souvent été exclue de cette animation (et pourtant elles bougent, ou pour Aristote possèdent une âme). De même les micro-organismes sont rarement compris comme des animaux. Or pour Delort[6] des protozoaires (en général plus de 10 à 50 micromètres, mais invisibles à l’œil nu) ou encore les parasites peuvent être étudiés par ce qu’il appelle la zoohistoire.

Cette dernière serait donc susceptible d’étudier semble-t-il l’ensemble des vivants. Pour maintenir un tel ensemble, il faudra être pragmatique étant donné les débats en cours visant à déterminer si un virus est vivant ou ne l’est pas[7].

1.2 Historiographie de l’histoire des animaux.

« Nos ancêtres les plus lointains étaient des prédateurs dans un monde de prédateurs, à la fois chasseurs et chassés. Pendant des dizaines de milliers d’années, ils ont acquis une connaissance impressionnante des habitudes de tous ces animaux. Leur survie en dépendait[8] »

Liliane Bodson revalorise les connaissances des praticiens non scientifiques.

« Si empiriques soient-elles, les notions qu’acquièrent le chasseur, le pêcheur, l’oiseleur, l’éleveur, le maître d’un animal de compagnie supposent un savoir, qui n’est pas méprisable. À côté des investigations de type scientifique, qui sont elles-mêmes attestées dès une haute époque, il fait partie de la documentation nécessaire pour retracer l’histoire du développement des acquis zoologiques.[9] »

Pour l’antiquité, Aristote (qui « fixe le commencement des recherches sur lesquelles se fonderont ultérieurement la zoologie et la biologie modernes »), puis Pline l’Ancien qui mentionne des espèces absentes des traités d’Aristote (connues grâce aux explorations nouvelles accomplies par les latins) ajoute aussi en multipliant les anecdotes des considérations morales et sur la société de son temps, son ton est moins zoologique et plus anthropologique.

Pour le Moyen-Âge, on propose plutôt des bestiaires, où se trouvent mêlés sans distinction, les chevaux au « phénix, le « poisson en habit de moine » ou « en habit d’évêque », les « serpents ailés vulgairement appelés dragons »[10] » et sont accompagnés de notices exhaustives par exemple chez Conrad Gessner (1515 – 1565).

Ces observations appellent la critique de l’historien Michel Pastoureau[11] contre celles et ceux qui seraient tentés de les expurger. De nouvelles explorations étendent par ailleurs encore le nombre des espèces répertoriées.

Aristote. Si l’on regarde le texte de Histoire des animaux d’Aristote, on se rend compte qu’il n’a rien à voir avec ce que aujourd’hui on appelle l’histoire. Il s’agit plutôt d’exposer différentes connaissances sur les animaux : une classification, leurs formes, leur reproduction, leur alimentation, la durée de la fécondité, la couvaison, la lactation, le sommeil et la veille, les maladies, les migrations, les hibernations…

Biogenèse. Aristote envisage qu’il puisse y avoir des transformations d’un animal en engendrant un tout autre, mais que dans le cadre d’une reproduction interspécifique[12], et non comme un phénomène général qui par ailleurs expliquerait leurs origines ou diversité.

Méthode. Aristote rapporte aussi bien des observations personnelles, que des on-dit. Il met sur le même plan une observation que plusieurs, et ne fait pas de quantification. Par ailleurs il n’expose pas de directive particulière pour obtenir de bonnes observations. On sait toutefois qu’il a tiré profit, et exprimé quelques désaccords avec des prédécesseurs qui avaient commis le même genre de recherche[13] (Hérodote, Ctésias de Cnide, Hippocrate, Platon).

Malgré cela, Aristote a eu une forte influence sur des auteurs postérieurs parmi lesquels Pline l’Ancien (qui multiplia les anecdotes). Les ouvrages d’Aristote « par la démarche et les principes méthodologiques qui les sous-tendent, […] sont, pour l’Occident, la première expression organisée de l’observation et de la réflexion au sujet des êtres vivants. Ils fixent le commencement des recherches sur lesquelles se fonderont ultérieurement la zoologie et la biologie moderne.[14] »

Les « savanturiers ».

Philippe Adams, dans son livre « Comment pêcher les hirondelles ?[15] » présente comment se sont mis en place ceux qu’ils proposent d’appeler des « savanturiers ». Ce furent d’abord les routes terrestres qui furent explorées jusqu’à « la prise de conscience de la sphéricité de la Terre ».

Au XVe siècle « on redécouvre Ptolémée et cela donne naissance à une nouvelle géographie des terres émergées, celles qui existent ou doivent bien être quelque part de l’autre côté des mers hostiles. La soif de connaître et de comprendre des cosmographes se conjugue avec celle des navigateurs et des marchands qui sont à la recherche de nouveaux espaces pour les échanges commerciaux. »

« Le moment des « savanturiers » est arrivé. Qu’ils soient scientifiques ou baroudeurs, ces hommes d’exception, poussés par la curiosité, vont affronter l’inconnu pour chercher les limites du monde. Avant de partir en expédition à la rencontre de nouveaux continents, ces « ingénieurs de mondes » puisent leurs connaissances aussi bien dans les cartes des cosmographes que dans les racontars de marins. Les rumeurs colportées sur les ports et recueillies dans les tavernes se mélangent avec les observations vérifiées »

Alors que Louis XIV règne, « une grande partie de l’Europe commence à vivre en paix, ce qui permet une bonne coopération entre les scientifiques et les explorateurs » des différents territoires nationalisés.

Comme l’indique l’historien Michel Pastoureau, on rencontre déjà deux tendances dans la culture médiévale chrétienne, l’une plutôt défavorable qui répétera sans cesse des interdictions « de se déguiser en animal, d’imiter le comportement animal, de fêter ou célébrer l’animal et, plus encore, d’entretenir avec lui des relations coupables, depuis l’affection excessive portée à certains individus domestiques jusqu’aux crimes les plus infâmes tels ceux de sorcellerie ou de bestialité.[16] »

Ceux favorables semblent penser qu’il existe une communauté des êtres vivants (en accord avec Aristote) et que les animaux font partie des enfants de Dieu[17] (en accord par ex. avec François d’Assise). Toutefois on ne les met pas sur le même plan que les humains dans la mesure où ils ne peuvent percevoir l’immatériel (donc Dieu).

Le traitement de l’imaginaire accordé aux animaux.

Philippe Adams[18] précise un peu le contexte du traitement de l’imaginaire fait par ces savanturiers : la plupart des récits de voyages combinent « voyages réels et imaginaires, rassemblant réalités et suppositions, observations rigoureuses et impressions éparses. » En plus des préjugés sur le monde portés par les explorateurs eux-mêmes, ils pensent que les lecteurs (parfois financiers potentiels) ne seront intéressés par leurs voyages uniquement s’ils racontent non seulement des choses utiles et exploitables, mais de l’étonnant, du merveilleux, de l’exotisme, du dépaysement. Il fallait aussi savoir surenchérir sur ces prédécesseurs pour s’obtenir un succès auprès du public. Le mélange d’information et de divertissement n’est pas nouveau.

« D’autres, avec un souci de rigueur, avaient une démarche bien différente, comme Louis Antoine de Bougainville, rendu notamment célèbre pour son voyage en Océanie. Il avait exigé que chacun de ses officiers écrive sa propre version du journal de bord afin que leur synthèse permette de se rapprocher le plus possible de la réalité. »

Pastoureau nous prévient d’une erreur classique : l’anachronisme. Dévaluer sans les comprendre les savoirs d’une époque.

« L’imaginaire est une réalité ! Un sociologue ou un ethnologue qui étudierait tous les aspects d’une société donnée mais qui laisserait de côté ce qui concerne son imaginaire, ses croyances, ses rêves ou ses systèmes de valeurs, sous prétexte que cela n’est ni objectif ni réel et donc ne peut pas donner lieu à des observations « positives » […], mutilerait totalement ses enquêtes et ne comprendrait rien à cette société.[19] »

Le dragon par exemple, si on le considère avec le regard d’aujourd’hui comme « baliverne », ne permet pas de comprendre les discours et les peurs bien réelles des personnes du Moyen-Âge. Pour eux le dragon présent dans leur imaginaire est tout ce qu’il y a de plus réel.

Aujourd’hui, on trouve de manière comparable un biais de réductionnisme matérialiste, quand on réduit un personnage mythologique à une explication unique, matérielle et prosaïque, on nie les différents aspects culturels en jeu (comme le remarque amèrement les mythologues comme Jean-Loïc Le Quellec).

Microscope. L’invention du microscope vers 1595 et ses modifications ultérieures sont aussi l’occasion de la découverte de tout un monde vivant plutôt méconnu jusqu’alors. Les micro-organismes rassemblent de 600 000 à plusieurs millions d’espèces. La plus grande part de la biomasse est composée d’organismes invisibles à l’œil nu.

Depuis la découverte des bactéries en 1683 grâce aux modifications que Leewenhoek a apportées au microscope, ce dernier offre des champs historiques importants. Ont soupçonnais déjà leur existence lors de l’épidémie de peste en 1656, mais il n’était pas encore possible de l’établir, ni d’en comprendre leur fonctionnement. Il n’est ainsi pas exclu de faire une histoire de la diffusion de certaines maladies montrant notamment les liens zooanthropologiques[20].

Le tournant apporté par l’éthologie et l’interdisciplinarité en histoire.

La plupart des travaux, même postérieurs, au Moyen-Âge portent un nom en relation avec l’Histoire, bien qu’ils ne posent pas forcément la question de l’origine de toutes ces bêtes, mais les exposent, le terme le plus retenu sera « Histoire naturelle », que l’on peut encore distinguer de la « Philosophie naturelle » qui deviendra la Physique. De nouveaux termes apparaissent comme « zoographie ». Buffon a largement contribué à renouveler le regard du domaine.

« La validité des options de Buffon concernant, par exemple, l’étude du comportement ou le fait que l’histoire d’un animal doit être celle de l’espèce entière et non d’un individu, est maintenant reconnue tout comme son rôle précurseur en matière de biologie évolutive, de biogéographie, de zoologie historique, ou encore la modernité de ses vues sur la « complexité des relations entre l’homme et le reste de la création ».[21] »

Après quoi un changement de direction s’opère, on décrit, identifie et classe, mais comme « moyen pour retracer l’évolution des êtres vivants et, au-delà, pénétrer la complexité des mécanismes de la vie.[22] » Le terrain de l’observation changera progressivement de la « nature » au laboratoire.

Cette protozoologie a souvent été niée soit en la présentant comme si elle était déjà la zoologie (en tant que science), soit en la reléguant « au rang des croyances populaires et des légendes, elles ont d’une part et de l’autre, été dépossédées de leur valeur intrinsèque et déconsidérées aux yeux de l’historien comme du naturaliste.[23] »

Cette histoire des animaux « semblait vouée à disparaître. Elle a subsisté, mais elle s’est marginalisée, ne s’exprimant plus que de façon ponctuelle et surtout dans des ouvrages destinés en priorité au grand public.[24] » Les ouvrages n’en étaient pas moins intéressants, notamment celui de Michel Rousseau, médecin vétérinaire : L’animal civilisateur de l’homme[25] (1962) qui « Après avoir passé en revue les divers types de relations se rencontrant entre eux, il examine comment elles sont attestées au cours des âges et esquisse, en conclusion, les risques que l’évolution de la vie moderne fait courir à des liens aussi essentiels.[26] »

Quand Pastoureau propose sa thèse sur le bestiaire héraldique médiéval à la fin des années 1960[27], on juge puéril de s’occuper des animaux en histoire[28] ou de « balivernes » ce qui a pu être dit sur eux avant l’établissement moderne de ce que devrait être la science. La situation évoluera, notamment avec Robert Delort (Les animaux ont une histoire. 1984) et l’interdisciplinarité.

Pour Pastoureau, « les médiévistes ont sans doute joué le rôle principal » dans cette écriture, notamment par l’accès aux « Textes et images, bien sûr, mais aussi matériaux archéologiques, rituels et codes sociaux, sceaux et armoiries, toponymie et anthroponymie, folklore, proverbes, chansons, jurons : quel que soit le terrain documentaire sur lequel il s’aventure, l’historien médiéviste ne peut pas ne pas rencontrer l’animal.[29] »

L’ouvrage de Robert Delort Les animaux ont une histoire (1984) atteste d’un changement de regard qui s’est intensifié dans les années 1960 – 1970. L’histoire des animaux « ne se confond pas avec celle de la science des animaux ou zoologie.[30] »

Liliane Bodson va alors remettre en valeur le rôle de l’éthologie (qui serait proprement fondée par Konrad Lorenz) et de la bio-écologie. « Ni l’une ni l’autre ne négligent l’expérimentation. Mais elles entament leurs recherches par l’observation de l’animal vivant dans son milieu naturel.[31] »

L’éthologie montre l’impact des humains sur certains animaux antérieurement sauvages devenus domestiques (non pas au sens latin originel[32], mais au sens d’apprivoisé). Ou encore la réduction de leurs effectifs voire leur destruction.

« Il a déplacé des animaux de leur aire originelle, soit volontairement, soit accidentellement. La dinde (Meleagris gallopavo), le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus), le ragondin (Myocastor coypus) ne sont que des exemples. Les motivations de ces transferts sont diverses et leurs conséquences, pour l’homme et pour l’ensemble de la faune, souvent inattendues.[33] »

Le renouvellement de la méthode historique (la tendance globale) a permis de voir aussi le rôle essentiel des animaux dans des activités négligées jusqu’alors, les restes taphonomiques[34], et les prospections archéozoologiques ont permis de dépasser une histoire qui se limitait à des traces écrites… et une égyptologie qui avait par le passé transformée en engrais dix-neuf tonnes de momies de chat.

On établit une histoire du goût, mais aussi une histoire des critiques de la cruauté à l’encontre des animaux.

« L’histoire des animaux, qui se situe au carrefour des sciences naturelles et humaines, ne peut plus se concevoir en dehors de la pratique interdisciplinaire. […] Elle tire aussi un évident avantage des travaux de l’ethnozoologie et de l’ethnozootechnie. Car les enquêtes inventoriant les savoirs traditionnels relatifs aux animaux sauvages et domestiques, en Europe ou sur les autres continents, ont révélé la portée des connaissances empiriques, dites populaires, pour ce qui est de la description, de la classification et de la nomenclature des espèces ainsi que des motifs théoriques et pratiques qui sous-tendent chacune de ces opérations. Les ouvrages là-dessus pourvoient l’historien comme le naturaliste d’appréciables éclaircissements quand il s’agit de comprendre les principes auxquels l’observation et la réflexion sur les animaux ont, en Occident, obéi pendant des millénaires.[35] »

Delort défend une zoohistoire : « « histoire » impliquant évidemment le déroulement du temps des hommes étudié par et pour les hommes, mais zôon*** rappelant que l’objet premier de cette histoire est l’animal.[36] » Il précise bien « tout autant au passé des animaux sans les hommes ou en dehors des hommes[37] ». L’approche est évidente pour « des animaux disparus avant l’apparition des hommes[38] ». Il met en avant notamment la paléozoologie.

Par ailleurs de tous les animaux qui existent tous n’ont pas de rapports disons intentionnels ou directs avec les humains. Bien sûr l’anthropisation[39] a joué :

« profitant à certains (eutrophisation des cours d’eau, lacs de barrage, défrichements, élimination de concurrents, de prédateurs…), nuisibles à d’autres (changements de milieux, introduction de nouvelles espèces, destruction préférentielle de certaines autres…). Mais la plupart des animaux sont indifférents à l’homme et, réciproquement, leur histoire ne recoupe généralement pas celle des hommes.[40] »

La zoohistoire partie de l’éco-histoire.

« privilégiant l’animal dans la succession des temps, dans son être (ontologie[41]) et dans son environnement, elle fait partie d’une éco-histoire dont nombre de facteurs, souvent d’origine naturelle, varient sans cesse dans le temps en dehors des multiples actions anthropiques ; comme elle, la zoohistoire est sous la dépendance de facteurs cosmiques, solaires, planétaires, magnétiques… d’influences des relief, tectonique, pédologie, hydrographie, climat, végétation, rapport intra- et interspécifiques… C’est une science globale et globalisante.[42] »

L’histoire de l’évolution partie de la zoohistoire. Enfin, Delort inclut dans la zoohistoire, l’histoire de l’établissement de la théorie de l’évolution. Les débats sur l’origine de la vie, les débats entre fixistes et transformistes, jusqu’à l’établissement progressif de la théorie de l’évolution à l’encontre des propositions religieuses des créationnistes malheureusement toujours présentes dans certaines interprétations religieuses.

Par Florian OLIVIER, Master 2 en philosophie, notamment spécialisé en éthique et philosophie des sciences. Enseignant contractuel en philosophie pour le public.

 

 

[1]Liliane Bodson, « L’histoire des animaux. », dans : Si les lions pouvaient parler, Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[2]Voir Philippe Descola, « À chacun ses animaux », dans : Qui sont les animaux ? Dir. Jean Birnbaum. 2009.

[3]Voir Janick Auberger, Peter Keating, Histoire humaine des animaux de l’Antiquité à nos jours. 2009.

[4]Voir Brian Fagan, La grande histoire de ce que nous devons aux animaux. [2015, 2017 fr].

[5]Philippe Descola, « À chacun ses animaux », dans : Qui sont les animaux ? Dir. Jean Birnbaum. 2009.

[6]Robert Delort, « La zoohistoire », dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[7]A. Lwoff dans L’Ordre biologique (1962, VIII) : « Tout se ramène à une question de définition. Si un organisme est défini comme un système indépendant de structure et de fonctions intégrée et interdépendantes, le virus n’est pas un organisme, pas plus qu’un chromosome ou une mitochondrie. Mais si l’organisme est défini comme l’unité élémentaire d’une lignée continue possédant une histoire évolutive individuelle, alors, les virus sont des organismes… ». La question est loin d’être réglée puisque de nombreux autres critères sont en jeu.

[8]Brian Fagan, La grande histoire de ce que nous devons aux animaux. [2015, 2017 fr]. Introdution.

[9]Liliane Bodson, L’histoire des animaux. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[10]Liliane Bodson, L’histoire des animaux, dans : « Si les lions pouvaient parler ». Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[11]Michel Pastoureau, L’historien face à l’animal : l’exemple du Moyen Âge. Dans Qui sont les animaux ? Dir. Jean Birnbaum. 2009.

[12]« Mais d’autres animaux naissent du mélange d’animaux qui ne sont pas de même lignée et à Cyrène, les loups se mêlent aux chiennes et engendrent, et les chiens de Laconie naissent du renard et du chien. On dit que les chiens indiens naissent du tigre et du chien, non pas directement, mais au troisième mélange ; car – dit-on e premier rejeton est bestial. On conduit les chiennes dans un lieu solitaire et on les attache et beaucoup se font dévorer à moins que la bête ne se trouve désirer l’accouplement. » Aristote, Histoire des animaux, Livre VIII, Ch. 28, influence des lieux sur les animaux. Trad. Janine Bertier.

[13]Comme l’expose Janine Bertier dans sa présentation d’Histoire des animaux de Aristote, au §4. Les antécédents de l’Histoire des Animaux.

[14]Liliane Bodson, L’histoire des animaux. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[15]Philippe Adams, Comment pêcher les hirondelles ? 2008. Ch. 2

[16]Michel Pastoureau, L’historien face à l’animal : l’exemple du Moyen Âge. Dans Qui sont les animaux ? Dir. Jean Birnbaum. 2009.

[17]Pastoureau expose un passage de l’Épître aux Romains souvent lié : « La créature elle aussi sera libérée de la servitude et entrera librement dans la gloire des enfants de Dieu. » (Rm. 8. 21).
Nous avons choisi de ne pas mettre de majuscule au mot « dieu », puisque rien ne le justifie.

[18]Philippe Adams, Comment pêcher les hirondelles ? 2008. Ch. 2

[19]Michel Pastoureau, L’historien face à l’animal : l’exemple du Moyen Âge. Dans Qui sont les animaux ? Dir. Jean Birnbaum. 2009.

[20]Frédéric Keck, Les maladies animales révèlent une solidarité vitale. Dans Qui sont les animaux ? Dir. Birnbaum. 2010.

[21]Liliane Bodson, L’histoire des animaux. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[22]Liliane Bodson, L’histoire des animaux. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[23]Liliane Bodson, L’histoire des animaux. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[24]Liliane Bodson, L’histoire des animaux. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[25]On en trouvera une recension tout-à-fait sympathique par Josserand Marcel. Michel Rousseau. — L’Animal civilisateur de l’Homme, Paris, 1962. In: Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon, 32ᵉ année, n°3, mars 1963. pp. 95-96.

http://www.persee.fr/doc/linly_0366-1326_1963_num_32_3_7127_t1_0095_0000_7

[26]Liliane Bodson, L’histoire des animaux. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[27]Pastoureau indique : « Je me souviens des difficultés que j’ai rencontrées à la fin des années 1960 […] pour faire admettre un sujet de thèse portant sur le bestiaire héraldique médiéval » Michel Pastoureau, L’historien face à l’animal : l’exemple du Moyen Âge. Dans Qui sont les animaux ? Dir. Jean Birnbaum. 2009.

[28]Michel Pastoureau, L’historien face à l’animal : l’exemple du Moyen Âge. Dans Qui sont les animaux ? Dir. Jean Birnbaum. 2009.

[29]Michel Pastoureau, L’historien face à l’animal : l’exemple du Moyen Âge. Dans Qui sont les animaux ? Dir. Jean Birnbaum. 2009.

[30]Liliane Bodson, L’histoire des animaux. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[31]Liliane Bodson, L’histoire des animaux. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[32]Au sens latin, animaux domestique (domus) désignent les animaux qu’il y a autour de la maison.

[33]Liliane Bodson, L’histoire des animaux. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[34]Wikipédia : « La taphonomie (du grec τάφος taphos, « enfouissement », et νόμος nomos, « loi ») est la discipline de la paléontologie et de l’archéothanatologie qui étudie la formation des gisements fossiles et tous les processus qui interviennent depuis la mort jusqu’à la fossilisation d’un organisme (y compris du pollen fossile, étudiés par la palynologie).
Cette discipline repose sur le concept d’actualisme et le raisonnement par analogie. »

[35]Liliane Bodson, L’histoire des animaux. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[36]Robert Delort, La zoohistoire. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[37]Robert Delort, La zoohistoire. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[38]Robert Delort, La zoohistoire. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[39]Anthropisé signifie modifié par l’humain (anthropos).

[40]Robert Delort, La zoohistoire. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

[41]Note personnelle d’explication : C’est une des parties de ce qu’après Aristote on nomme métaphysique. l’Ontologie est la science de l’être en tant qu’être, c’est-à-dire indépendamment de ses déterminations particulières. Autrement dit la connaissance de ce qui est essentiel à une chose (et non pas ce qui lui est contingent). Ce qui est essentiel a une chose est ce que l’on ne peut pas lui retirer sans que cette chose cesse d’être elle-même. J’ai conscience que cette explication n’est pas des plus satisfaisantes.

[42]Robert Delort, La zoohistoire. Dans Si les lions pouvaient parler. Dir. Boris Cyrulnik. 1998.

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