La question des origines

Origine de la vie : création, génération spontanée, abiogenèse[1]

La question de l’origine de la vie à souvent été réglée par une imagination religieuse à la volonté d’un dieu créateur. « La thèse de la génération spontanée […] a longtemps joué le rôle de contrepoids aux thèses créationnistes » en reliant l’apparition de la vie à une origine strictement matérielle. Mais d’un autre côté, elle constitue elle-même une croyance selon laquelle la vie n’est soumise à aucune lois ou nécessité, qu’elle peut apparaître n’importe où et de n’importe quoi.

Tenants. Aristote pensait pouvoir « démontrer que l’inerte pouvait produire du vivant, par exemple les mouches qui se forment à partir de la boue d’un puits.[2] »

« Pline avait rapporté l’histoire des rats qui naissaient du fumier, des mouches qui étaient générées par le feu (en réalité des papillons) et bien d’autres naissances curieuses. Pour les botanistes, les champignons et les truffes étaient censés naître du tonnerre et du temps pluvieux. La gravure de l’arbre donnant naissance à des oiseaux et à des poissons qu’illustre l’ouvrage de Duret <L’Histoire admirable des plantes et herbes esmerveillables et miraculeuses en nature, 1605> est l’une des images importantes de l’histoire de la génération spontanée. Les feuilles qui tombent sur le sol donnent naissance à des canards, et celles qui tombent dans l’eau donnent naissance à des poissons.[3] »

Le physicien flamand Van Helmont, pensait que « par un mélange de froment et de linges pleins de sueur », on pouvait « faire naître des souris adultes, capables de s’accoupler avec des souris normales ».

Premier critique. Lucrèce (un cas très particulier) avait déjà établi la différence entre un arrangement d’atomes (inerte) donnant un nouveau vivant (mais limité à ce qu’autorise sa semence) et la génération spontanée, selon laquelle ils peuvent apparaître de n’importe où et de n’importe quoi. Il réfute la génération spontanée par l’absurde en radicalisant la conséquence : tout ce qui existe naîtrait spontanément.

Critiques. Elle a « été infirmée par Pasteur (1864)[4], qui a montré que la génération spontanée n’était rien d’autre que le résultat d’une contamination de bouillons de culture par les micro-organismes transportés par des particules de poussières contenues dans l’air : la vie a toujours besoin d’un vivant pour surgir. »

Postérité. L’expérience de pensée de la « soupe primitive » vise à se demander d’un point de vue scientifique quelle est l’origine de la vie. « Avec l’expérience de Miller-Urey (1952), puis avec la théorie dite de Oparin-Haldane. Miller et Urey, envoyant une décharge électrique dans un mélange gazeux, obtinrent plusieurs composés organiques proches des protéines, nécessaires à la construction de la vie. D’où l’idée d’un océan primordial contenant de plus en plus de « blocs » (la soupe, chaude et diluée), jusqu’à ce que la vie finisse par apparaître, à force de chocs entre les molécules-ingrédients. »

On appelle aujourd’hui la théorie scientifique expliquant l’origine de la vie, l’abiogenèse. La vie peu se former sur Terre à partir de quelques petits assemblages qui peuvent être spontanés[5]… à condition de ne pas entendre par « vie », la complexité de la « vie » que l’on connaît aujourd’hui.

Le docteur Szostak (Harvard Medical School) indique[6] qu’avec les théories chimiques d’aujourd’hui, notamment la connaissance d’assemblage spontanée simple[7], et de possibilité de création et de conservation d’informations, et sur une longue période on peut arriver à l’assemblage de premiers vivants extrêmement basiques qui vont subir les pressions sélectives abiotiques et dont il est probable que celles qui se répliquent le mieux, et/ou le plus, et/ou conservent des informations génétiques seront favorisées.

Origine de la variation (fixisme – transformisme).

L’autre grand débat se situe entre ceux qui pensent que les vivants d’aujourd’hui ont toujours existé (comme Cuvier et Linné pour qui la diversité des espèces n’est qu’un caprice de la nature) et ceux qui après Lamarck admettent l’idée d’une transformation progressives à travers les générations successives des vivants vers de nouvelles espèces.

Bien sûr les positions ne sont pas si simples dans la mesure où Cuvier en même temps reconnaît la possibilité de la disparition d’espèces, que Linné propose un premier classement, et que les théories de Lamarck incluaient des éléments comme l’hérédité des efforts.

Érosions et germinations (Darwin). Le troisième aspect important est celui que l’on retient aujourd’hui sous le nom d’évolution.

Nous partageons l’avis du biologiste Michel Morange de ne plus employer le terme d’évolution, pour y préférer celui d’histoire.
Le terme d’évolution désignait originellement un processus finalisé de l’univers ou de l’embryon.

« Si nous avions une seule recommandation à faire aux biologistes à l’issue de ce parcours, ce serait de renoncer au terme d’évolution pour désigner l’histoire de la vie. Comme le savent tous les historiens de la biologie, son origine est trouble. Darwin, qui préférait le terme de transformisme, l’a utilisé à la suite de Spencer, qui pourtant lui donnait un sens bien différent de celui que visait Darwin : pour Spencer, l’évolution était un mouvement général de l’Univers vers la complexité. Dans les sciences biologiques, le terme désignait alors le développement embryonnaire. Le mot « évolution » était donc utilisé pour signifier un processus orienté vers une fin, et c’est d’ailleurs pour cela que Spencer l’a repris. Péché originel, dont la biologie a eu bien du mal à s’extraire.[8] »

Par ailleurs un terme comme évolution ne permet pas la distinction entre l’idée qu’il y un vivant engendre avec variation déjà acquise par le transformisme, et l’établissement des opérateurs favorisant et défavorisant le maintient d’une variation.

Ce que Darwin montre c’est que les conditions du milieu dans lequel se trouve un vivant (qui est toujours-déjà une variation) vont jouer dans sa possibilité de se reproduire et dans la possibilité laissée à son espèce de persévérer dans cet environnement. C’est à desseins ici aussi, que nous n’employons pas le terme de sélection, ambigu, qui peut laisser sous entendre qu’il y a quelque chose comme une entité supérieure qui sélectionne. Or ce n’est pas le cas.

Enfin, aujourd’hui cette histoire s’écrit toujours. Après l’inclusion des travaux de Mendell dans les facteurs de transmission, les débats actuels montrent notamment à travers les micro-organismes la possibilité de fusion dans les branches de l’arbre du vivant qui auparavant était exclue, ou encore le jeu de facteurs épigénétiques.

Par Florian OLIVIER, Master 2 en philosophie, notamment spécialisé en éthique et philosophie des sciences. Enseignant contractuel en philosophie pour le public.

[1]Abiogenèse, de genèse pour origine, de bios pour biologique mais ici avec a privatif. Il s’agit du nom scientifique désignant la genèse de la vie a partir du non vivant.

[2]Philosophie le manuel. Dir. Ducat et Montenot. 2013. Ch. Le vivant §.Comment expliquer l’origine et l’évolution du vivant ?

[3]Christophe Recoura, Comment faire taire les grenouilles ? 2007 Ch. 1.

[4]Et avant lui :  1668 Francesco Redi, 1765 Lazzaro Spallanzani.

[5]L’environnement prébiotique avait de nombreux acide gras simples qui sous certains pH s’assemblent spontanément pour former des vesicules stables, qui constitue comme l’ancêtre de la cellule. Elles vont ensuite manger et croître. Pour l’information génétique, de même, il y avait des centaines de types d’acides nucléïques qui pouvaient se polymériser. Cela peu aussi être spontanée comme l’ADN phosphoramidate.

[6]Une vidéo en français résume l’aspect scientifique : https://www.youtube.com/watch?v=zU-LUpdAsRM&feature=youtu.be

[7]Certain-e-s doutent sur la possibilité de présence d’ARN. Elle serait trop complexe, mais ce n’est pas totalement écarté. Par ailleurs, une autre proposition est possible : le métabolisme primordial : beaucoup de petite molécules qui s’assemblent, comme le propose Stuart Kaufmann. Un tel mécanisme augmente par ailleurs grandement la possibilité de la mise en place de la vie.

[8]Michel Morange, la vie, l’évolution et l’histoire. 2011. Ch. 4. §.Les leçons de l’histoire et des historiens.

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