« La vie a perdu contre la mort mais la mémoire gagne dans son combat contre le néant »

Tzvetan Torodov

Le « devoir de mémoire », cette expression très prisée par les professeurs d’Histoire en évoquant la Seconde Guerre mondiale, prend tout son sens lorsque l’on parcourt le site d’Oradour-sur-Glane. Ce devoir exprime la nécessité de se souvenir d’événements tragiques et de ses victimes, afin de faire en sorte qu’un événement pareil ne se reproduise jamais. En tant qu’historiens, nous avons la responsabilité et l’obligation tacite d’entretenir ce devoir de mémoire. Étant salariée de l’Éducation Nationale et en charge de l’accompagnement des adolescents au Lycée Bernart de Ventadour (Corrèze), il est pour moi très important de faire comprendre aux élèves la nécessité de se souvenir du passé et cette sortie pédagogique sur le site d’Oradour-sur-Glane allait m’en donner l’occasion.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’Oradour-sur-Glane ? Ce nom est attaché au souvenir douloureux du massacre de sa population par la division SS Das Reich le 10 Juin 1944. Aujourd’hui la petite cité est divisée en trois parties : le centre de la mémoire devenu musée, les ruines du village laissées en état, et le nouveau village reconstruit un peu plus loin. Ce massacre a fait 642 victimes et il s’agit du plus grand massacre de civils commis en France par les armées allemandes. Le site est célébré dès 1945 par la venue du Général de Gaulle, et le souvenir des victimes conservé grâce aux efforts de la Mairie, de l’Association des familles des martyrs, et le Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane (1999).

Pourquoi un tel déchainement de violence ? À la suite du débarquement en Normandie, la « Das Reich » basée dans la zone Tulle-Limoges, unité d’élite qui a combattu sur le front de l’Est contre la Russie, reçoit l’ordre de rejoindre le front Normand. Au cours de sa progression, elle va être freinée par de multiples actions de la Résistance, ce qui va donner lieu à un déchainement de violence gratuite sur des civils non résistants. A Tulle, 99 hommes sont pendus aux balcons et aux réverbères, et 149 hommes sont déportés. Guidée par Adolf Diekmann, la « Das Reich » se dirige vers Oradour, y procède au regroupement de la population et à son extermination sous le prétexte d’une cache d’armes et de munitions, ce qui était bien évidemment faux. Les hommes sont regroupés et répartis dans six lieux d’exécutions pour y être fusillés puis brûlés.  Les femmes et les enfants sont quant à eux enfermés dans l’église à laquelle les SS mettent feu. Une seule femme, Marguerite Rouffanche, a réussi à s’en échapper.

Le village d’Oradour-sur-Glane a été préservé en l’état, rendant plus saisissant et poignant encore ce témoignage. Par cette préservation, le site a conservé toute l’émotion suscitée par la découverte du drame qui s’y était déroulé, et malgré le passage du temps, Oradour-sur-Glane sait encore parler aux élèves qui s’y succèdent et apprennent en contemplant l’Histoire, ses folies et ses ravages. Lorsqu’ils sont revenus de cette excursion, mes élèves étaient pour la plupart bouleversés, touchés en plein cœur, émus, et avec beaucoup de questions sur le bout des lèvres. Nous avons discuté longtemps, et j’étais heureuse de constater que le message était passé : il faut se souvenir, même si c’est douloureux, même si c’est bouleversant, pour ne jamais oublier qu’il suffit d’un rien pour basculer dans le fanatisme et la folie. Ceux qui ont perpétué ces crimes étaient de jeunes hommes, atteints par ces années d’horreurs sur le front de l’Est. Parmi ces hommes, 14 individus qui n’ont pas fini de faire parler d’eux, les « Malgré nous ». Ces alsaciens incorporés dans l’armée Allemande ont eu une peine adoucie à la sortie de la guerre, et cela soulève comme toujours les questions de ces enrôlés contraints (sauf un), de leur responsabilité dans le massacre, même s’ils n’ont tirés aucun coups de feu. Cet exemple nous montre que face à de telles atrocités, il faut parvenir à nuancer son propos, et faire comprendre les contextes qui ont pu amener à ces extrémités, en mettant en question la part de responsabilité de chacun. Sociologique, cette distinction est importante et permet dans l’étude des conflits de ne pas généraliser et ne pas tomber dans une vision manichéenne de la guerre et de l’être humain.

 On aimerait pouvoir rassurer nos élèves en leur disant que tout ceci est du passé, que ce genre de chose ne peut plus se reproduire, mais l’Histoire nous a montré à de nombreuses reprises que les hommes peuvent oublier ses leçons. Alors pour cette raison, mais également pour rendre hommage aux sacrifiés de la Seconde Guerre Mondiale, une de mes élèves a laissé parler son art, a sublimé la mort et ses vestiges par une vidéo riche en émotions que nous vous livrons. Avec son regard neuf et artistique, Jade a su capter l’émotion vive des lieux, la dignité de ceux qui ont résisté et sont restés dignes face à la mort. La nature reprend ses droits sur les lieux, vaillant message d’espoir, d’espérance en l’avenir. Alors, pour que notre futur demeure le plus éloigné possible de ces drames, pour que les générations à venir continuent de se souvenir, il est de notre devoir d’encourager de telles initiatives, de les saluer, et de juste être fiers que le message demeure intact, après tout ce temps, et pour toujours. Memento mori.

Marielle SARRAN

Vous trouverez ci-joint, les contacts de Jade Van Goethem, la talentueuse photographe-vidéaste que je vous ai présenté. N’hésitez pas à la contacter pour tout projet !

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