Carte de la Corrèze actuelleQue savons-nous de cette région ? Pas grand-chose en réalité. Avant de m’exiler volontairement dans cette région, je savais juste que Jacques Chirac et François Hollande, deux ex-présidents de la République, étaient Corréziens. Un peu réducteur de limiter l’histoire d’une contrée à un demi-siècle, n’est-ce pas ? Alors, afin de pallier mon ignorance, je me suis documentée et je vous conseille en particulier un petit ouvrage très synthétique mais efficace, La Petite histoire du Bas – Limousin et de la Corrèze[1].

Les temps anciens : la terre et les hommes

Contrairement aux clichés, la Corrèze n’est pas si déserte que cela, et ce même durant ce que Jean-Michel Valade nomme les « temps anciens », à savoir de la préhistoire à la fin de l’Antiquité. En effet, la région est remarquablement située et traversée de cours d’eau comme la Vézère, ce qui facilite l’implantation des hommes. Ainsi la présence de l’homme de Néandertal est elle avérée dès le Paléolithique moyen (- 40 000 ans). Dès -9500, l’espèce humaine se sédentarise et continue de perfectionner sa maîtrise du feu, de la taille de pierre, la fabrication de liens. On dénombre sur la Corrèze pas moins de cinquante sites mégalithiques (dolmens, menhirs, cromlechs, tumulus) comme par exemple l’ensemble funéraire de La Palein – La Chassagne. Cette richesse archéologique fait de la Corrèze comme de la Dordogne, un haut site de recherches en paléontologie.

C’est aux alentours de l’an 3 qu’une peuplade celte s’installe dans la région : les Lémovices[2]. Quelques places demeures connues encore de nos jours comme Augustoritum (Limoges), Briva Curretia (Brive la Gaillarde), et Uxellum (Ussel)Guerriers, paysans, éleveurs, les lémovices sont bien plus tard répertoriés par César parmi les 70 peuples de la Gaule pré-romaines.

Le pays a été évangélisé au IIIe siècle par Saint Martial. Les vicissitudes commencent dans ce pays aux alentours de 507, suite à la Bataille de Vouillé où Clovis défit le roi des Wisigoths Alaric II. L’Aquitaine, dont la Corrèze d’aujourd’hui faisait partie, attire bien des convoitises par la richesse de ses terres. Ce n’est que le début… car l’espace bas-limousin lie son destin à celui de l’Aquitaine dont la carte au VIIe siècle est inchangée.

Les temps féodaux : l’âge d’or

En 674, le duché d’Aquitaine est devenu autonome. L’arrivée des Normands au IXe siècle va changer la donne et mettre fin à la relative tranquillité de la région. En 927, le comté de Limoges est placé sous l’autorité des comtes de Poitiers, puis se disloque en plusieurs unités: le vicomté du Limousin, de Turenne et de Comborn. C’est ce dernier qui deviendra le vicomté de Ventadour (Meymac, Ussel, Égletons, Gimel, Outre-Dordogne) et fera tant parler de lui par sa floraison de troubadours. Le Bas Limousin se distingue entre le XIe et XIIIe siècle par la poésie lyrique, autrement appelé le fin’ amor (amour courtois). On répertorie pas moins d’une douzaine de troubadours dont le plus connu et Bernart de Ventadour (1125-1190)

Château de VentadourLe château de Ventadour, isolé sur un éperon rocheux, réussi à attirer de nombreux troubadours qui ont su porter fort et loin la poésie occitane : la musicalité de la langue limousine séduit jusqu’aux plus grands de la péninsule italienne à savoir Dante Alighieri et Pétrarque. Ce centre culturel du Bas- Limousin n’a hélas pas suffit à donner naissance à de grandes agglomérations, même si bien des bourgs obtiennent peu à peu de leurs suzerains l’octroi de « franchises, privilèges, coutumes et libertés ». Les temps féodaux symbolisent en Bas- Limousin l’affaiblissement du pouvoir royal, et une hausse du pouvoir des vicomtes, ainsi que la diffusion de la langue limousine.

Les temps de malheurs : la « guerre anglaise » et les guerres de religions

Entre 1346 et1572, les campagnes bas-limousines ont énormément soufferts de ces « malheurs des temps » car le Bas-Limousin est devenu au XIVe siècle une marche entre le royaume de France et le duché anglais de Guyenne qui se combattent entre 1337 en 1420. Le Limousin en sort ravagé car il a été le théâtre d’une lutte de pouvoir entre les nobles mais également à cause des bandes de routiers[3] qui y sévissent. Le « povre pays » comme on l’appelle doit se reconstruire peu à peu mais cette reconstruction sera fragile et en partie manquée. Paradoxalement, cette terre ravagée, à feu et à sang a donné pendant cette période instable, trois de ses enfants à la papauté en la personne de Clément VI (1342-1352), Innocent VI (1352) et Grégoire XI (1370-1378). C’est à ce dernier que l’on doit le retour de la papauté au Saint Siège de Rome, mais dont la succession sera hélas à l’origine du Grand Schisme.

A partir de 1470, la conjecture démographique et économique marquent une repise, annonçant des temps plus apaisés, du moins jusqu’à ce que la crise religieuse reprenne en 1540. La Dordogne est en effet à cette date, un axe majeur de la propagation de la Réforme en Bas-Limousin. Le catholicisme demeure cependant bel et bien dominant dans la région, malgré la conversion en 1575 du vicomte de Turenne, Henri de la Tour d’Auvergne. Les guerres de religions sévissent entre 1562 et 1598 mais le pays « povre » n’est que très peu concerné par ce qui n’est finalement qu’une guerre de princes.

L’humanisme s’efforce de tisser sa toile en propageant sa foi en l’être humain, mais cela devient presque mission impossible lorsque les dits hommes s’étripent au nom d’un Créateur que l’on dit miséricordieux.

Les temps modernes : les rendez-vous manqués avec la Modernité.

Les Lumières ont tout juste effleuré le Bas Limousin marqué par l’analphabétisme et un retard industriel notable. La mortalité infantile est encore de 180°/°°[4], et l’analphabétisme de 80°/°°, sans parler de la torpeur économique qui anesthésie le pays.

Il faut attendre 1762 pour que la Société d’Agriculture de Brive soit créée, répandant à une échelle moindre le mouvement physiocratique[5] qui fait de l’agriculture le cœur de l’ordre naturel comme seule source de richesse vraiment productive. Cette Société apporte néanmoins le marcottage des vignes, ainsi que de nombreuses études sur la qualité et l’emploi d’engrais, ainsi que la généralisation de la culture de la pomme de terre, le recours à la faux, la suppression de la jachère, la multiplication des ruches et le développement de l’élevage. L’analphabétisme est également en question car « savoir lire, écrire et déchiffrer, bien loin d’être un obstacle aux progrès de l’agriculture, peut au contraire y contribuer ». Ces tentatives seront d’ailleurs encouragées et renforcées par la nomination de Turgot au poste d’intendant, « de justice, police et finances », à la généralité de Limoges.

Le Bas- Limousin demeure également bien loin des préoccupations de la Révolution Française et de la Terreur de par son isolement géographique et le peu de cas que Paris fait de sa province. La départementalisation par les députés de l’Assemblée Nationale entre Novembre 1789 et Février 1790 ne fait que fixer les limites déjà définies depuis l’époque féodale, confortant la ville de Tulle dans son rôle de chef-lieu, et les quatre districts de Tulle, Brive, Uzerche et Ussel. Le département de la Corrèze nait le 4 mars 1790 par lettre patente et comprend 322 communes.

Les temps de guerres : l’entrée dans la France Moderne

Il faut attendre le Second Empire pour que la Corrèze soit entièrement désenclavée grâce au chemin de fer qui la relie à Paris à partir de 1890, après quinze ans de travaux. Le département il parvient à rentrer dans la France Moderne en encourageant les fermes-écoles, la recherche de la modernité dans l’outillage agricole, et la liaison avec l’extérieur par la voie de chemin de fer et le réseau téléphonique implanté en 1912.

Hélas, la première guerre mondiale vient mettre un frein à toutes ces améliorations, et fait en Corrèze 15000 morts, à savoir un mort pour vingt-deux habitants. L’après-guerre voit les radicaux dominer, les conservateurs et la droite, ce qui n’empêchera pas le département de devenir une terre d’accueil pour les réfugiés juifs allemands en 1933 et les républicains espagnols en 1939. Située en zone libre, la Corrèze devient une terre de résistances où vingt milles personnes seront victimes de la Seconde Guerre Mondiale, qui deviendra un véritable enjeu de mémoire en Corrèze.

Le temps des présidents de la République

La première conséquence de la Seconde Guerre Mondiale va être de faire changer de bord la Corrèze qui devient communiste, marquée par une profonde hostilité pour de Gaulle. Mais en moins de dix ans, elle va basculer à droite grâce à l’action de ceux que l’on appelle les « jeunes loups gaullistes » parmi lesquels nous retrouvons Monsieur Jacques Chirac, alors conseiller municipal de Sainte Féréol, puis député de la circonscription d’Ussel. L’agriculture, la forêt, l’industrie, ont du mal à retenir les jeunes alors que la qualité des paysages, l’eau vive, le patrimoine monumental et les sites remarquables sont de parfaits tremplins au Tourisme Vert. L’état investit tout ce qu’il peut entre 1968 et 1977 afin de permettre les aménagements de plans d’eau de centres de loisirs nautiques de villages vacances et de terrains de camping. Trois hommes, trois enfants du pays vont œuvrer pour leur région au sein de l’Élysée. Le premier, celui qui prépara la voie à Jacques Chirac et François Hollande, c’est François Queuille, chef du gouvernement à trois reprises entre 1948 et 1951. Jacques Chirac quant à lui entre au gouvernement en 1967 mais sa première grande décision pour sa région fu la création à Brive en 1986, sous le gouvernement Mitterrand, du carrefour autoroutier avec l’A20 et l’A89. S’en est fini de l’enclavement de la Corrèze. Le 7 Mai 1995, Jacques Chirac entre au gouvernement et le 6 Mai 2012, c’est François Hollande qui est élu le 7e président de la Ve République.

Carte des sites naturels de Corrèze

Isolement, sol ingrat voire pauvre, faiblesse de son occupation humaine, la Corrèze a su résister mais également rayonner en son temps, au Moyen Âge de par sa langue, à la période Contemporaine par les présidents qu’elle a donné à la France.

Marielle SARRAN

 

[1] Jean-Michel VALADE, Petite Histoire du Bas-Limousin et de la Corrèze, Madrid, Geste Éditions, 2014.
[2] Le territoire lémovice s’étendait sur les départements de la Haute-Vienne (87), la Creuse (23), La Corrèze (19), La Charente (16), la Dordogne (24) et l’Indre (36).
[3] Également appelées « grandes compagnies ». Il s’agit généralement de mercenaires qui, privés d’employeurs, se regroupaient en bandes armées et vivaient au détriment des populations.
[4] Il s’agit d’un calcul de données en « pour mille », pour désigner un dixième d’un pourcentage.
[5] La physiocratie est une école de pensée économique et politique née vers 1750, souvent désignée comme le « gouvernement par la nature ». C’est « l’idée que toute richesse vient de la terre, que la seule classe productive est celle des agriculteurs et qu’il existe des lois naturelles basées sur la liberté et la propriété privée qu’il suffit de respecter pour maintenir un ordre parfait » ( « Physiocratie », CNRTL ).

 

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