Màj du 27/03/2018 – Avertissement : malgré la qualité des sources utilisées par l’ouvrage de Trémolet de Villers, nous tenons à informer le lecteur sur les dangers de biais idéologiques de l’auteur. Celui-ci fait des parallèles entre le procès de Jeanne d’Arc et celui de Raoul Salan, chef de l’Organisation Armée Secrète – organisation ayant commis des attentats au nom de la lutte contre l’indépendance de l’Algérie. Nous ne cautionnons en aucun cas cette récupération politique d’un fait historique et nous présentons nos excuses pour ce manque de vigilance. Nous continuons cependant à penser que les lecteurs pourront trouver un intérêt à la lecture de cet article ainsi qu’à celle du livre présenté.


Que d’encre a coulé sur celle qui aurait reçu par Dieu la mission de bouter les Anglais hors de France ! Et dans tout ce qui nous est parvenu, notamment depuis sa canonisation en 1920, il y a à la fois de très bonnes choses mais aussi des inepties sans nom. Jeanne d’Arc a-t-elle existé ? Ne s’agissait-il pas d’un homme ? Entendait-elle véritablement des voix, ou était-elle folle ? Tout ceci ne serait-il qu’un conte inventé pour symboliser le courage des français et l’esprit d’union suscité par la force de la religion ?

Le livre que je vais vous présenter… ne répond à aucune de ces questions, et n’en fait même pas état. Tout simplement parce que, de toute évidence nous n’aurons jamais toutes les réponses. Et d’autre part, parce que ce n’est pas l’objet ni la mission que s’est donné Jacques Trémolet de Villers en écrivant cet ouvrage. En effet, comme le montre le titre, il s’agit d’une étude des procès de Rouen et ce qu’il tend à démontrer, c’est avant tout la manière dont la justice a été menée en s’appuyant sur des actes authentiques, les minutes conservées en latin et en français, et complétées par les dépositions de l’acte d’annulation prononcé en 1456.

L’ouvrage suit un ordre chronologique, reprenant jour après jour, audience après audience le procès de Jeanne d’Arc en y rapportant les questions qui lui sont faites par le tribunal ecclésiastique, ainsi que les réponses de l’accusée. À cela s’ajoutent les commentaires de Trémolet, visant à expliquer les sous-entendus mais également les méthodes utilisés par le tribunal. En tant que spécialiste du droit et avocat, il connaît très bien les rouages du barreau et peut donc nous faire profiter de son expérience pour faire ressortir l’absurdité de cette parodie de jugement qu’est le procès de Rouen.

La lecture peut être assez difficile à cause du phrasé de l’époque qui est conservé, et les expressions qui peuvent nous paraître obscures, mais elle ne gêne en rien la compréhension grâce aux explications de l’auteur. Au fil des pages et des jours, le lecteur est frappé par l’incongruité des questions posées à Jeanne, et plus encore par l’humour de cette dernière qui semble parfois s’amuser à tourner en ridicule ses opposants. Très vite, on est pris d’une sorte de vertige à cause de la répétition, jour après jour, des mêmes accusations, les mêmes questions posées pendant des mois sans que jamais Jeanne ne flanche. Le lecteur est véritablement plongé dans le procès qui nous est délivré pour la première fois en grande partie.
Je conseille donc cet ouvrage, davantage conçu pour un public averti que pour le novice du fait de la difficulté de lecture. Néanmoins, il demeure une source très utile pour comprendre comment pouvait se dérouler un procès au Moyen Âge, dans toute son absurdité et sa grandiloquence.

Marielle SARRAN

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